Zegg scrutait le désert. Ce n’était pas un désert à proprement parler. Il n’était ni inhabité, ni grand, ni dangereux. C’était juste une étendue aride de sable et de rochers qui s’étendait jusqu’à l’horizon. Mais pour Zegg, cela suffisait amplement pour constituer un désert. Pas un bar à proximité, pas une fille à moins de dix kilomètres, pas une magouille à la ronde. Un désert quoi.

Nervio sortit de la navette, les bras chargés d’une encombrante et apparemment lourde caisse. Son couvercle ouvert laissait pendre une bandoulière à cartouche. Nerio était grand, avait les épaules et la musculature taillées par une trentaine d’années de bagarres et de galères, un grand et large manteau de cuir brun et des cheveux rasés comme un soldat. Son visage, qui comptait autant d’éraflures et de vieilles cicatrices que la peau pouvait le supporter, était généralement coincé en une expression tendue, pleine de méfiance et de dureté.

« Tu espères faire quoi avec ça ? » Lança Zegg, « Pas l’utiliser hein ?

-Simple précaution. T’inquiète.

-Sois pas nerveux, Nerv’, tout va se passer impec’.

-Je ne suis pas nerveux.

-Alors pourquoi tu la sors ?

-Simple précaution. »

Il acheva sa phrase en laissant tomber lourdement la caisse à côté de la vieille jeep. Il en sortit un trépied qu’il se mit à monter méticuleusement. Quand il fut satisfait, il sortit une petite mitrailleuse et la cala sur l’embout rotatif du trépied. Il ajusta encore quelques réglages et fit mine de viser plusieurs points dans le paysage. Il déroula ensuite les longues bandes de munitions et en enclencha une dans l’orifice d’alimentation.

Zegg le regarda faire avec une moue de mécontentement. Il fallait toujours que ce salopard de Nervio se montre méfiant. Il n’était pas particulièrement pessimiste, mais sa façon de faire avait le don de stresser tout le monde dans l’équipe. Pas moyen d’être complètement détendu avec un type pareil. D’un autre côté, c’était cet aspect prudent qui avait vite rendu Nervio indispensable. Il avait été des FDP sur Rorax-Secundus à ce qu’il disait. Personne ne savait si la cause de cette tension venait de l’entraînement qu’il y avait subit ou s’il lui était arrivé une bricole, mais personne n’avait vraiment envie de poser la question. Au final, c’était un type fiable et rigoureux dans tout ce qu’il faisait. Un bon élément, pas des plus sociables, mais pas moins efficace.

La mitrailleuse montée et huilée, Nervio repartit pour la navette. Zegg jeta un coup d’œil à ses montres. L’une d’elle lui donnait le repère standard, tandis qu’il avait réglé l’autre sur l’heure locale. Il soupira. Bon. De toute façon, ses clients n’avaient pas la réputation d’être ponctuels, et il le savait. Son équipe avait le temps et Zegg était patient. C’était cette chaleur qui le fatiguait. Ce soleil.

Il s’installa à la place conducteur de la jeep, un petit modèle six roues des usines de Lédée, et but une gorgée d’eau à sa gourde. La sueur perlait sur son front et sa veste grise se tachetait déjà d’auréoles plus foncées. Rien à l’horizon. Le Pilote vint s’asseoir sur l’autre siège.

« Tout roule ?

-On est là, le chargement est là, il ne manque plus qu’eux. »

Le Pilote observa les environs directs de la navette, comme pour affirmer ce qu’il venait d’entendre. La navette Libell, une grosse monocoque à quatre ailes et aux réacteurs triangulaires, surplombait le camp depuis une petite dune de sable. Des bâches kaki montées sur des mats de fer offraient un peu d’ombre, mais cet espace était occupé par deux énormes containers. La jeep trônait quelques mètres à côté, comme une vieille carcasse abandonnée. Son regard se posa sur la mitrailleuse.

« On doit s’attendre à du grabuge ?

-Pas si tout le monde est cool. Alors on reste zen, on me laisse parler, et tout ira bien. Ce soir je paie ma tournée dans un troquet du coin, si on trouve une ville pas trop pourrie.

-Le cap’ veut que je reste aux commandes. Par précaution.

-Faites chier avec vos précautions. Franchement.

-Je sais. »

Le Pilote se redressa et descendit de la six-roues.

« Fait trop chaud ici. A toute. »

 Zegg s’essuya le front et sortit sa mini-longue-vue holoscopique. Il balaya les rochers horizontalement jusqu’à s’arrêter quelque part entre le 60ème et 65ème degré sud.

« Attends. » Dit-il.

Le Pilote s’arrêta.

« Les voilà. »