II) La paix.

Un peu plus loin, dans le même agro-village, Hachker venait de mourir. Ses multiples plaies avaient continué de le tuer à petit feu, et ce malgré les efforts d’Oney, jusqu’à ce qu’une série de spasmes mette fin à tout espoir. Quand il s’en rendit compte, Oney refusa de l’admettre totalement. Il s’agita au dessus du cadavre plusieurs minutes durant, alors qu’autour de lui on courait en tous sens en tentant désespérément d’éviter les obus de mortier qui pleuvaient.

Et puis il se calma. Il ne ressentit bientôt plus rien. Hachker était mort. Comme tant d’autres. Et il ne pouvait rien y faire. C’était cela la vie au sein du dix-septième Juvernien. Contempler en toute impuissance ses amis en train de se faire tuer. Toutes les victoires de la Garde Impériale n’empêcheraient jamais les simples gardes de mourir. Quel que soit le résultat d’une bataille, Oney se sentait condamné à devoir subir ce triste spectacle, jusqu’à ce qu’un jour, un autre de ses camarades devienne à son tour le témoin de sa propre mort.

Le visage de Hachker paraissait plus serein, maintenant que la douleur ne déchirait plus son visage, et ses traits s’étaient adoucis après ses derniers tremblements crispés. Peut-être avait-il eu raison de mourir. Peut-être était-ce la seule vraie paix que l’on puisse trouver dans cet univers en guerre ? Perdu, Oney se sentait perdu.

Des questions l’abattaient, sans fin ni cohérence, alors que la seule qu’il aurait du se poser était de situer le couvert le plus proche et de le rejoindre, avant de continuer l’avance, en formation avec le peloton D. Le peloton D ne l’avait pas attendu. Oney était seul au milieu de ce village à l’importance stratégique quelconque. Seul au milieu de centaines de gardes, ses frères Juverniens. Mais seul quand même.

Au bout d’un temps incertain, le garde se leva et chercha un instant son fusil des yeux sans essayer le moins du monde de se protéger. Il le ramassa, l’inspecta, et nettoya certaines parties ouvertes sensibles à la poussière. Puis il marcha derrière les traces de son peloton. Sans craintes. Car mourir ne lui faisait plus peur.

Mourir, tout compte fait, était peut-être la meilleure chose qui pouvait lui arriver.